Aides aux proches des victimes civiles du 4 août : si peu, si tard...

Aides aux proches des victimes civiles du 4 août : si peu, si tard...

Huit mois après les explosions catastrophiques au port de Beyrouth qui ont fait plus de 200 morts, le 4 août dernier, 14 familles qui ont perdu un des leurs ont commencé à recevoir les versements mensuels accordés aux proches des victimes, considérées comme « martyrs de l’armée libanaise ». En vertu d’une loi adoptée en décembre dernier, les familles des civils tués par les explosions bénéficient d’un revenu mensuel de 1 291 000 LL, soit près de 80 dollars au taux actuel du marché, au même titre que les familles qui ont perdu un soldat pendant son service. Une bien maigre compensation au regard des stigmates de ces explosions meurtrières dont les circonstances précises n’ont toujours pas été élucidées.

Le reste des proches des victimes attendent, pour leur part, que leurs dossiers soient validés par les autorités responsables pour pouvoir bénéficier de ces versements.

Youssef Mawla, dont le fils Kassem a été tué le 4 août dernier sur son lieu de travail au port de Beyrouth, fait partie des personnes qui ont commencé à toucher ces versements. « Nous sommes 14 familles à avoir encaissé ces sommes au début du mois, avec un effet rétroactif au mois de juillet 2020. Les dossiers de 62 autres familles de victimes sont encore examinés par les autorités », indique M. Mawla à L’Orient-Le Jour. « Kassem avait 26 ans et s’était marié 29 jours avant l’explosion. L’argent ne ramènera pas nos morts, mais nous insistons pour obtenir ces aides financières, surtout pour ceux qui ont laissé derrière eux des familles et des enfants sans ressources », affirme-t-il.

Démarches « longues et difficiles »

Les victimes civiles des explosions du port avaient été considérées par le Parlement comme « des martyrs de l’armée tués pendant l’exercice de leurs fonctions » et non pas comme des morts tombés sur le champ d’honneur, ce qui leur aurait assuré des indemnités supplémentaires. Youssef Mawla assure toutefois que les proches « ont obtenu il y a quelques jours l’aval des autorités pour une prise en charge médicale des familles des victimes et des aides pour scolariser leurs enfants ». La loi pour le dédommagement des victimes accorde également aux personnes handicapées par les explosions « une inscription à vie à la Caisse nationale de Sécurité sociale, ainsi que les mêmes aides, droits et exemptions dont bénéficient les personnes à besoins spécifiques », à cette exception près que les handicapés du port n’ont pas droit, pour le moment, à des versements mensuels.

« Environ 160 morts parmi les quelque 200 victimes du port de Beyrouth sont des Libanais », rappelle Youssef Mawla. Le retard dans le versement des aides mensuelles à ces centaines de familles serait dû, selon lui, à des dossiers incomplets parce que le fait de constituer un dossier s’est révélé être une épreuve difficile pour ces familles éplorées, ce qui pourrait expliquer pourquoi le processus a mis des mois à être enclenché. « Les démarches administratives ont été longues et difficiles. Nous avons dû obtenir des tonnes de documents et on nous demandait les originaux à chaque fois. Or, l’État ne délivrant qu’un original à la fois, il aura donc fallu refaire les mêmes démarches une dizaine de fois », soupire M. Mawla.

Parmi les multiples documents requis pour les dédommagements, figurent un certificat de décès, un certificat du médecin légiste ou encore un procès-verbal de la police. Les familles des victimes du port ont par ailleurs déjà touché 30 millions de livres chacune, versées par le Haut Comité de secours, indépendamment des versements mensuels attribués aux « martyrs de l’armée ». « Ces sommes ont été distribuées aux familles dès qu’elles nous ont été transférées par le ministère des Finances », indique à L’OLJ une source du Haut Comité de secours sous couvert d’anonymat.

« Nous devons être soudés »

Un autre père de famille, Majid Hélou, dont la fille Nicole, 25 ans, a trouvé la mort alors qu’elle se trouvait chez des amis, a également encaissé 1 291 000 LL au début du mois. « Mon épouse et moi partageons cette somme, mais ce qui nous importe, c’est de savoir qui a tué nos enfants (…) Si de grosses pointures doivent être traduites en justice, il faudra que cela soit fait. Sinon, nous sommes décidés à attaquer leurs demeures. Nous n’accepterons pas que seulement quelques fonctionnaires soient inquiétés », indique M. Hélou à L’OLJ. Lorsque les explosions ont eu lieu, Nicole, qui était employée de banque, prenait un café avec ses amis dans un immeuble proche du port.

« Ce pays appartient à la jeunesse, il n’est pas acceptable que nos enfants soient tués, il faut qu’on nous rende des comptes », lance le père de la jeune femme. « Nous devons être soudés. Les gens doivent comprendre qu’un autre drame pourrait se produire et qu’il pourrait les toucher aussi », ajoute-t-il. « L’enquête se poursuit, mais nous avons appris que le directeur général des Douanes, Badri Daher, pourrait être bientôt relâché », déplore pour sa part Youssef Mawla. « Nous sommes conscients du fait que personne ne nous dira jamais ce qui s’est réellement passé au port de Beyrouth, mais nous ne nous tairons pas », souligne-t-il.

En plus des centaines de civils morts lors des explosions du port, la caserne des pompiers de Beyrouth a perdu 10 de ses membres tués sur place par les déflagrations, mais qui n’ont pas été considérés comme des « martyrs de l’armée libanaise ». Leur statut de fonctionnaires a cependant permis à leurs familles de toucher des indemnités. « Le conseil municipal de la ville de Beyrouth a accordé des compensations financières aux familles des 10 pompiers décédés ainsi qu’une assurance médicale payée par la municipalité », déclare à L’OLJ Élie Andrea, vice-président de la municipalité de Beyrouth, qui s’abstient toutefois de préciser le montant de ces indemnités. « Leurs proches toucheront aussi des versements mensuels, mais, pour ce faire, nous attendons l’aval du ministère de l’Intérieur », ajoute-t-il.

Source: Orient le jour