AstraZeneca ou pas, telle est la question...

AstraZeneca ou pas, telle est la question...

Alors que le vaccin fait l’objet d’une défiance certaine au Liban et dans le monde, l’Agence européenne du médicament (EMA) a confirmé, dans une conférence de presse tenue à Amsterdam (Pays-Bas) le 7 avril, qu’il existe « un lien possible » entre le vaccin AstraZeneca, qui a commencé à être utilisé au Liban à côté du vaccin Pfizer, et l’apparition de cas de thrombose chez des personnes à prépondérance féminine récemment vaccinées. Elle estime toutefois que le rapport bénéfices/risques du sérum reste "positif".

Selon une source médicale locale qui a réclamé l’anonymat, plus de 35 millions de personnes ont reçu le vaccin AstraZeneca en Europe et en Grande-Bretagne et 200 cas de thrombose ont été enregistrés, soit un pourcentage de 1 sur 200 000 personnes. Et la source de souligner que si la population n’était pas protégée contre le Covid-19, le virus aurait pu provoquer des milliers de décès.

L’hésitation et la défiance à l’égard d’AstraZeneca se sont concrétisées au Liban, confirme un tweet du Dr Firas Abiad, directeur de l’hôpital gouvernemental Rafic Hariri. Un taux d’abstention d’environ 30 % des personnes figurant sur le programme de vaccination du 7 avril a été enregistré, précise le message. Relancé par L’Orient-Le Jour, le Dr Abiad n’était pas en mesure de dire si ces abstentions se sont répétées hier, tout en affirmant qu’il enregistrait de toute façon un taux d’abstention quotidien de quelque 10 %.

Une tendance à vérifier

Olga A. (*) fait partie de celles qui ne se sont pas rendues au rendez-vous, mais ont décidé de réfléchir par deux fois avant de prendre le vaccin. Elle a consulté son médecin et parlé aux amies figurant dans la même tranche d’âge des 55-65 ans, qui hésitent comme elle à se rendre dans les centres de vaccination. Son médecin traitant lui a certes conseillé de ne pas s’inquiéter outre mesure et de suivre à titre préventif une cure d’aspirine pour enfant après avoir reçu le vaccin. Toutefois, elle n’est rassurée qu’à moitié.

De son côté, le Dr Abdel Rahman Bizri, directeur du programme national de vaccination, que nous avons pu joindre, nous affirme que son département va collecter les données des centres de vaccination opérationnels et voir si on y observe « une tendance ». « Dans ce cas, explique-t-il, des dispositions seront prises pour aider la population à maîtriser ses réticences. » « Nous tiendrons compte de toutes les données, assure le Dr Bizri, en attendant de mieux comprendre le mécanisme de ces accidents, au sujet duquel il n’y a pour le moment que des hypothèses. »

« Le caractère très atypique de ces thromboses, leurs tableaux cliniques proches et le délai de survenue homogène conduisent le comité de suivi à confirmer la survenue, très rare, de ce risque thrombotique chez les personnes vaccinées avec AstraZeneca », explique pourtant l’agence sanitaire EMA. Et d’ajouter que ces cas sont survenus « dans un délai médian de 8,5 jours après la vaccination chez des personnes sans antécédents particuliers identifiés à ce jour », tout en précisant que tous les cas de thrombose n’ont pas été mortels. Et la Haute Autorité de santé européenne de recommander, d’ores et déjà, de réserver ce vaccin aux personnes de plus de 55 ans, tout en précisant que le vaccin n’était pas associé à une augmentation du risque global de caillots sanguins, mais qu’un « lien possible avec deux formes très rares de caillots et thromboses des sinus veineux cérébraux, associées à un déficit en plaquettes sanguines, ne pouvait pas être exclu à ce stade ».

Selon la source médicale citée plus haut, les personnes vaccinées pourront toujours identifier les syndromes qui les affectent après la vaccination (fièvre, maux de tête, courbatures, difficultés respiratoires, troubles visuels) et réagir préventivement.

Suivre l’exemple des pays occidentaux

En tout état de cause, compte tenu de la sensibilité du sujet, les autorités sanitaires libanaises devraient avoir la sagesse de suivre l’exemple de la France et d’autres pays occidentaux, qui ont limité l’utilisation d’AstraZeneca à des populations âgées de plus de 55 ans, une tranche d’âge pour laquelle le risque est bien moindre. C’est ce qu’ont fait les Pays-Bas, où les injections ont été suspendues pour les moins de 60 ans à la suite d’une décision similaire prise mardi en Allemagne. Ils ont emboîté le pas au Canada et à la France (55 ans), la Suède et la Finlande (65 ans).

« Nous le faisons par la force des choses, confirme le Dr Bizri, compte tenu de la quantité limitée de vaccins dont nous disposons et des tranches d’âge auxquelles nous sommes parvenus, mais nous serons encore mieux informés quand de nouvelles quantités d’AstraZeneca seront livrées. »

Cela dit, le pourcentage de la population vaccinée, qui est encore dérisoire (moins que 3 %, selon le Dr Bizri), devrait effectuer un bond significatif dans les prochaines semaines, avec le début de la campagne de vaccination dans l’armée. C’est le vaccin chinois Sinopharm qui sera utilisé auprès des 70 000 soldats et officiers de la troupe. Son commandant en chef, le général Joseph Aoun, a été le premier hier à présenter son bras à la seringue dans l’un des 21 centres de vaccination apprêtés.

Par ailleurs, le pourcentage de la population vaccinée devrait croître aussi avec le début des campagnes organisées par des compagnies privées, comme Pharmaline, qui ont importé le vaccin russe Spoutnik V. De longues listes d’attente comprenant les noms de plusieurs milliers d’entreprises attendent leur tour afin de prendre le vaccin. Celui-ci sera payant et des négociations sont en cours pour l’utilisation hors horaire officiel de centres de vaccination existants, ainsi que pour le paiement du personnel hospitalier qui doit les desservir.

« Certes, l’idéal aurait été que la campagne de vaccination soit contrôlée de bout en bout par l’État, affirme le Dr Firas Abiad, mais les conditions du pays étant ce qu’elles sont, je n’ai pas d’inconvénient à voir le secteur privé s’en mêler. Ce sera autant de gagné pour les catégories moins aisées qui pourront ainsi accéder plus facilement au vaccin gratuit assuré par le ministère de la Santé. »

Source: Orient le jour