CMA CGM toujours décidé à participer à la reconstruction du port de Beyrouth

CMA CGM toujours décidé à participer à la reconstruction du port de Beyrouth

CMA CGM est toujours décidé à participer à la reconstruction du port de Beyrouth qui a été en grande partie détruit lors de la double explosion meurtrière survenue le 4 août dernier. C’est le message délivré par Joe Dakkak, directeur général du groupe au Liban, et Christine Cabau Woehrel, directrice en charge des actifs industriels et des opérations du transporteur et logisticien, qui est arrivée mercredi après-midi à Beyrouth pour une visite consacrée au dossier du port.

Le géant français, dirigé par le Franco-Libanais Rodolphe Saadé, a installé son siège régional à Beyrouth où il a lancé plusieurs projets dont : le port sec (terminaux de conteneurs excentrés par rapport à la zone portuaire) dans la Békaa, le rachat de l’opérateur gérant du terminal à conteneurs de Tripoli, seul port du pays avec celui de la capitale, ou encore l’installation de son centre « The Hub » dédié au développement numérique. Le groupe – en son nom ou via Merit, la holding familiale de la famille Saadé – a continué à investir malgré la crise économique que traverse le Liban depuis mi-2019 et dont les Libanais ne voient toujours pas le bout.

Hasard du calendrier, le groupe marque aujourd’hui un intérêt croissant pour le projet de reconstruction. Une annonce concernant un projet de reconstruction du port, estimé à plusieurs milliards de dollars et piloté par des compagnies allemandes, avait été rapportée dans la presse – prévue hier, la conférence de presse organisée par l’ambassade d’Allemagne à Beyrouth a été décalée à aujourd’hui.

Le Groupe CMA CGM a la volonté de maintenir et renforcer sa présence au Liban, et plus précisément dans le port de Beyrouth où les activités du géant français représentent 60 % des volumes du port.

Répondre à l’urgence

« Après la catastrophe, le groupe s’est mobilisé pour maintenir, voire même renforcer dans la mesure du possible son activité et ses escales dans la capitale (le terminal à conteneurs ayant été relativement peu endommagé par la double explosion par rapport à d’autres portions de la zone portuaire, NDLR). Au cours des mois d’août et de septembre, nous avions réfléchi à une proposition de réhabilitation et de modernisation segmentée en tenant compte des besoins à court, moyen et long terme, et dont nous avons déjà présenté les contours aux autorités », expose Christine Cabau Woehrel. « Aujourd’hui, nous sommes mobilisés pour rappeler notre engagement sur ce dossier que nous suivons de près depuis longtemps », insiste-t-elle.

M. Dakkak évoque une première phase de remise sur pied « à court terme », s’étendant sur une période de 18 à 36 mois, pour une enveloppe approximative oscillant entre 400 et 600 millions de dollars visant à reconstruire le port et ses infrastructures non pas à l’identique, mais de façon à ce qu’ils deviennent compatibles avec les standards de demain, surtout en termes de numérisation et de solutions logistiques pour ainsi préparer le port de demain et le transformer en un « Smart Port » pour l’ensemble des activités du port. Cela permettra de coordonner de manière numérique, transparente et traçable l’ensemble du flux d’informations entre les opérateurs privés et l’ensemble des services administratifs du port.

« Il faut répondre à l’urgence, car, à chaque jour qui passe, la situation se dégrade un peu plus vu l’état de la zone portuaire, ce qui porte un impact sur la productivité du port et provoque les retards », souligne Joe Dakkak. Le groupe projette ainsi de développer l’activité de conteneurs, mais aussi du « break bulk » (fret hors conteneurs) qui est une filière locale portuaire importante, notamment en termes d’emplois. Le plan comprend aussi un volet consacré à la reconstruction des silos à grains et à l’agrandissement de la zone logistique afin de la rendre aussi opérationnelle qu’attractive.

Pour mettre en œuvre ce plan, le groupe envisage de passer par la constitution d’un consortium sous la forme d’un partenariat public privé (PPP) pour réaliser ce projet, sa gouvernance et son financement, en privilégiant la « transparence opérationnelle. » « Le tour de table pourra être très ouvert », assure Christine Cabau Woehrel, interrogée sur le choix des partenaires avec lesquels CMA CGM prévoirait de s’associer, alors que plusieurs acteurs – architectes, ingénieurs mais aussi entrepreneurs – ont fait publiquement part ces derniers jours de leur intérêt à participer à ce chantier.Une fois l’urgence gérée, il sera alors temps de se projeter sur le moyen terme et le long terme où les enveloppes et les objectifs seront différents, puisqu’il s’agira d’optimiser la connectivité du port ou encore le schéma directeur des ports.

Le but de l’opération étant de permettre à Beyrouth d’assumer pleinement son rôle en tant que véritable plateforme régionale.La directrice centrale des opérations du groupe insiste sur la dimension réaliste de cette approche.

« S’agissant de travaux à court terme, notre plan prévoit par exemple ceux d’extension du terminal conteneurs. Mais le moment de mettre ce volet à exécution dépendra des besoins du port et de la manière dont le trafic évoluera au fur et à mesure que les travaux avanceront. Il faut investir au bon moment et anticiper la croissance. Les très grands programmes de développement, qui s’étendent sur 15 ans, doivent pouvoir être appliqués sur le terrain. C’est la croissance qui fixe le rythme des investissements », explique encore Christine Cabau Woehrel.

« Ce qu’il faut comprendre, c’est que le fret ne se conçoit plus comme un simple service reliant un port à un autre, et que ce sont les solutions globales intégrant tous les services de transport et de logistique qui constituent désormais le cœur de ce métier. La reconstruction du port doit tenir compte de cette réalité logistique », ajoute-t-elle encore.

Nouveaux entrepôts acquis

Le projet de CMA CGM reprend donc un besoin économique et s’adresse à la communauté portuaire de Beyrouth qui permettra au port de renouer avec la croissance. Il reste que le lancement de ce chantier reste dans le camp des autorités libanaises, alors que le gouvernement démissionnaire de Hassane Diab n’a pas été remplacé depuis sa démission le 10 août dernier.

Autre dossier en attente sur lequel CMA CGM est positionné : l’appel d’offres lancé par la compagnie Gestion et exploitation du port de Beyrouth (GEPB, l’entité chargée de gérer le site pour le compte de l’État) pour remettre en jeu le droit de gérer le terminal à conteneurs de la capitale et ses 16 portiques de manutention (grues géantes). CMA CGM s’était associé à l’italo-suisse MSC (Mediterranean Shipping Company) pour présenter une offre commune, mais la procédure est gelée depuis 2020. « La procédure avait été suspendue après que le ministre – désormais sortant – des Travaux publics et des Transports a reproché que le cahier des charges n’était pas passé par la Direction des adjudications.

Ce relais a depuis eu lieu, et une nouvelle version incluant les remarques de cette instance a été envoyée au ministère depuis peu. L’adjudication devrait être bientôt relancée », relate Joe Dakkak.

Le directeur de CMA CGM Liban annonce en outre que le centre de conditionnement de Taanayel (Lebanon Packing House), avec plusieurs milliers de m2 d’entrepôts frigorifiques intégrés au port sec, sera opérationnel en août 2021. Il souligne que le groupe a rajouté deux nouvelles liaisons à Tripoli depuis le rachat des parts de Gulftainer Liban, ce qui lui a permis de tripler les volumes. La filiale logistique CEVA Logistics a enfin finalisé l’acquisition totale d’un entrepôt de 14 000 m2 dans la région de Daychouniyé.

Source: Orient le jour