En attendant d’éventuelles sanctions européennes, le blocage demeure total

En attendant d’éventuelles sanctions européennes, le blocage demeure total

Les regards étaient braqués hier sur Bruxelles où se tenait, par visioconférence, une réunion des ministres européens des Affaires étrangères. Le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, devait en effet saisir l’occasion pour évoquer la question libanaise – en dehors de l’ordre du jour – et rappeler à ses homologues « l’impérieuse nécessité d’agir pour aider le Liban à sortir de l’impasse politique et économique en accélérant les efforts européens visant à faire pression sur les responsables libanais de cette situation de blocage », comme on pouvait lire dans un communiqué publié durant le week-end par le ministère français des Affaires étrangères.

On s’attendait donc à ce que le chef du Quai d’Orsay, très impliqué aux côtés du président Emmanuel Macron dans le dossier libanais, exhorte ses collègues de l’UE à se joindre aux efforts de la France pour envisager des sanctions contre ceux qui, selon elle, entravent délibérément la mise sur pied d’une nouvelle équipe ministérielle.

À l’heure de mettre sous presse, aucune information portant sur la teneur des discussions n’avait filtré. Une source diplomatique européenne explique, sur ce plan, à L’Orient-Le Jour que les effets de la réunion d’hier ne se feront en tout cas sentir que dans une phase ultérieure, lorsqu’un texte de loi définissant clairement les sanctions qui pourraient être infligées aux personnalités politiques concernées sera voté à l’unanimité des 27 pays membres de l’Union. De même source, on n’exclut toutefois pas une relance du débat autour d’éventuelles sanctions contre les responsables de l’impasse actuelle lors de la prochaine réunion des ministres européens des Affaires étrangères, prévue dans quatre semaines.

Dynamique diplomatique

Parallèlement à la pression internationale, le ballet diplomatique, articulé autour des efforts pour la mise en place d’une nouvelle équipe ministérielle, devrait reprendre prochainement. Alors que le Premier ministre désigné, Saad Hariri, devrait se rendre jeudi au Vatican où il rencontrera, suite à une invitation officielle, le pape François, le leader du Courant patriotique libre, Gebran Bassil, est attendu à Moscou (où se trouvait M. Hariri la semaine dernière), entre fin avril et début mai, à en croire Amal Abou Zeid, conseiller du président de la République, Michel Aoun, pour les affaires russes.

Sur le plan strictement local, rien ne porte à croire qu’une percée au niveau de la formation du gouvernement soit à espérer prochainement, les rapports entre le chef de l’État Michel Aoun et le Premier ministre désigné, Saad Hariri, étant complètement rompus depuis leur dernier entretien, orageux, le 22 mars dernier.

De son côté, le président de la Chambre, Nabih Berry, poursuit son forcing en faveur d’un déblocage axé sur sa toute dernière initiative. Initiée par le leader du Parti socialiste progressiste, Walid Joumblatt, fin mars, cette proposition préconise la mise en place d’une équipe de 24 ministres sans tiers de blocage.

C’est ce qui transparaît clairement dans le communiqué publié hier à l’issue de la réunion hebdomadaire du bureau politique du mouvement Amal. Le texte dénonce « l’absence d’une volonté sérieuse (de former un cabinet) chez les principaux concernés par la question gouvernementale ». La formation de M. Berry critiquait ainsi implicitement Baabda et son camp, accusés par leurs adversaires de compliquer sciemment la tâche à Saad Hariri dans la perspective de calculs politiques, voire présidentiels, prématurés.

Le communiqué d’Amal dénonce aussi le fait que « certains protagonistes soient encore attachés à des conditions paralysantes, à même de retarder une solution rapide axée sur l’initiative de M. Berry, conforme aux textes constitutionnels et au pacte national ». Une nouvelle critique implicite au leader du CPL, Gebran Bassil, accusé d’œuvrer pour obtenir le tiers de blocage au sein de la future équipe, malgré les démentis réitérés samedi par le bureau politique de son parti, réaffirmant que la formation aouniste ne participerait pas au futur gouvernement.

Source: Orient le jour