Avec « Zaman », Tania Kassis veut tourner les pages noires du Liban

C’est un message d’espoir et de ténacité que la chanteuse Tania Kassis a voulu lancer à travers son tout dernier clip, Zaman, qui met en images un poème patriotique en arabe littéraire. Un texte qui prend d’abord des allures de réquisitoire et dans lequel l’artiste déplore appartenir à « une époque où les jours étaient sans lendemain, où les régions étaient délimitées par des frontières noires et où les communautés mettaient la ville en feu pour s’entretuer ». Aux questions sur cette guerre qui ne s’est jamais terminée et que lui pose son enfant, elle ne trouve pas de réponses, mais croit fermement que de nouvelles générations se tourneront vers de meilleurs lendemains, et que le peuple résistera pour faire valoir ses droits et bâtir son pays malgré tout.

Dans le clip, Tania Kassis prend la direction de l’aéroport, émue et traumatisée par les images de la guerre, avant de rebrousser chemin au dernier moment. « J’ai écouté ce titre pour la première fois il y a plus d’un an, raconte la soprano à L’Orient-Le Jour. L’auteur, Tony Karam, l’avait écrit après la révolution en réfléchissant à ce qu’il aurait bien pu raconter à son fils sur toutes les difficultés que nous avons vécues au Liban. Le poème était assez pesant et il avait même tardé à le mettre en musique, car il craignait de l’affaiblir. La dernière partie de la chanson, elle, n’était pas finalisée, et se terminait sur une note fataliste et cette guerre qui ne s’achèvera jamais. Mais j’ai insisté pour changer la fin, étant moi-même une personne très positive. On me dit souvent que mon optimisme est un peu exagéré, mais je crois vraiment que les choses vont changer ; je ne veux pas perdre espoir en mon Liban. »

« J’ai tout dit »

Avec Zaman, Tania Kassis marque son retour aux chansons à caractère patriotique qui lui ont valu ses plus grands succès, comme l’Ave Maria islamo-chrétien ou encore Watani. « Ce n’est pas un choix, assure Tania. Je ne décide pas délibérément de chanter pour le Liban, mais toujours, quand j’ai quelque chose à dire, une envie d’exprimer ce que je ressens. » « J’ai connu l’émigration et vécu cette nostalgie pour le pays, poursuit-elle. C’est comme cela que Watani est né. Pour l’anecdote, Ziad Rahbani m’avait alors tancée en me demandant si on avait vraiment besoin de plus de chansons patriotiques au Liban, avant de comprendre qu’elle présentait un angle nouveau. Aujourd’hui, j’ai voulu parler de notre capacité à surmonter les obstacles et ce qu’on en dira un jour à nos enfants. Avec Zaman, je sens que j’ai tout dit. »

Attachée à ses racines et à sa famille, Tania Kassis affirme qu’elle ne pourrait songer à quitter le Liban, qui lui a beaucoup offert, de nouveau. Pourtant, l’artiste, d’habitude très active avec l’ONG One Lebanon qu’elle avait lancée en 2014, semblait être en retrait depuis le déclenchement de la révolution du 17 octobre. « One Lebanon a été très active, même discrètement, après la double explosion du port, rappelle-t-elle. Notamment avec son programme de musicothérapie pour les personnes traumatisées, qui se poursuit toujours. Mais quand la révolution a commencé, j’ai senti qu’il était temps pour nous artistes de nous taire un peu et de laisser les gens parler.

One Lebanon symbolisait tous mes rêves pour le pays, mais son but premier était de donner une plateforme aux artistes afin de pouvoir réunir les Libanais de tous bords. Avec la révolution, c’était déjà fait, et le travail accompli par One Lebanon y a sûrement contribué. » Et d’ajouter : « Malheureusement, les Libanais ont de nouveau peur et le doute s’installe. Il est donc important pour nous de revenir sur le devant de la scène et d’envoyer les bons messages. » Déçue par la révolution ? « Pas vraiment, estime l’artiste. Je crois que de nombreuses personnes travaillent dur pour préserver le mouvement. Un pays, c’est son peuple, et s’il n’est pas satisfait, il faut tout faire pour changer les choses. La révolution a mis la lumière sur des sujets importants et nous attendons qu’elle porte ses fruits. Si, à mes yeux, la phase actuelle n’est qu’une mauvaise passe, j’espère seulement que nous n’allons pas payer le prix trop cher, comme lors du 4 août. C’est plus qu’on ne peut supporter, et nous méritons beaucoup mieux. »

Un nouvel album

Outre le message patriotique derrière le clip Zaman, Tania Kassis ne manque pas de s’y afficher en robe longue noire dans une image glamour qu’elle a toujours voulu mettre en avant depuis son plus grand concert, à l’Olympia, en 2012. On y reconnaît l’empreinte de l’entrepreneuse et spécialiste de l’image, Cynthia Sarkis-Perros, qui l’accompagne depuis cette fameuse soirée de l’Olympia. « Cela va faire bientôt 10 ans, et je suis très heureuse de cette collaboration, souligne Tania Kassis. Travailler ce clip avec Cynthia à distance, alors qu’elle est à Paris, était compliqué, mais c’est une professionnelle et nous sommes habituées l’une à l’autre. Elle me comprend et s’intéresse aux moindres détails. » Des détails qui font que ce clip, réalisé également par l’auteur-compositeur de la chanson, présente un côté cinématographique et une Tania qui joue un vrai rôle pour la première fois.

« J’avais déjà expérimenté Tony Karam en tant que réalisateur lors d’une courte vidéo réalisée sur le confinement et intitulée Window on a New Morning, explique-t-elle. Il était naturel que je lui confie Zaman, son tout premier titre, et je me suis investie dans ce rôle qui m’a touchée. » Assurant qu’elle adhère complètement à l’univers musical de l’auteur-compositeur, la belle (devenue très) blonde prépare aujourd’hui avec lui un album intégral et varié, avec, également, le compositeur Johnny Fenianos comme consultant musical. « Je peux vous dire que je suis entourée d’une équipe de rêve », se réjouit Tania Kassis, qui ne chôme pas. Son nouvel album devrait voir le jour cet été.

Source: Orient le jour