Liban: Les importateurs à la recherche de conteneurs

Liban: Les importateurs à la recherche de conteneurs

«Je n’ai pas trouvé un seul conteneur; je ne sais juste pas comment et quand transporter ma marchandise depuis l’Italie jusqu’à Beyrouth. Dans un mois, je serai en rupture de stock», s’inquiète un commerçant de matériaux de construction. Son témoignage n’est pas le seul à aller dans ce sens. Tous les importateurs libanais qui dépendent du transport maritime pour leur livraison sont inquiets: les marchandises commandées tardent à leur être livrées au port de Beyrouth ou de Tripoli. Et quand elles le sont, c’est à un prix exorbitant. 

La faute? La pandémie qui a bousculé le trafic mondial. «L’épidémie représente un événement historique: en moins d’un an, on est passé d’une crise de la production, lorsque la Chine s’est fermée pour tenter d’endiguer l’épidémie, à un boom de la consommation avec un rebond de l’économie mondiale qui s’est avéré plus rapide qu’escompté», souligne un expert qui préfère rester anonyme.

Les chiffres sont éloquents: au premier semestre 2020, au moment où débutait la pandémie, le volume de containers échangés dans le monde a baissé de 7%. La reprise n’en est que plus difficile avec une hausse soudaine de la demande, de plus de 4% entre le second semestre 2019 et le second semestre 2020.

Résultat: les prix du transport flambent. «L’Ever Green, qui a bloqué le canal de Suez récemment pendant une semaine, n’a rien arrangé», ajoute Naïm Saleh de la société Saleh Shipping. Les hausses varient en fonction des routes commerciales et des services choisis, mais l’évolution globale sur l’année, toutes zones confondues, est sans appel: + 6,8% pour les contrats négociés sur le marché spot. Le prix d’expédition d’un conteneur entre la Chine et l’Europe du Nord dépasse désormais les 10.000 dollars sur le marché à court terme; celui d’un container entre l’Europe et le Moyen Orient autour de 5000 dollars. «La majorité des chargements font toutefois l’objet de contrat à long terme, qui avait été signés avant la pandémie de la Covid-19 et pour lesquels il n’y a pas eu de changement de prix», tempère l’expert.

Mais les tarifs seront forcément revus à la hausse cette année, au point que certains soupçonnent les armateurs de s’être entendus pour se refaire une santé économique alors que la crise sanitaire les avait ébranlés.

Plus de conteneurs

Pour un importateur libanais, cette hausse s’inscrit dans un contexte de forte crise alors qu’il doit déjà tenir compte de la dévaluation de la livre libanaise face au dollar. «Pour le moment, on prend en charge la hausse des frais de transport parce qu’on pense qu’elle sera limitée dans le temps», explique le commerçant de produits destinés au secteur de la construction. Une opinion que partage d’autres grands importateurs libanais: «Sur certains produits à faible valeur, à l’heure actuelle, le coût du fret est trop important pour que cela justifie de les importer», explique un responsable des Établissements Antoine Massoud (EAM).

S’ajoute à cela le déséquilibre des flux de marchandises. Dans le monde, depuis le début de la crise sanitaire, la consommation de biens a remplacé celle des services. L’essor du télétravail tirant en outre la demande en petits produits électroniques, spécialement aux États-Unis, où les ventes de biens de consommation ont enregistré une hausse de +8% en 2020. Pour y faire face, il a fallu ramener en Asie les conteneurs vides qui se trouvaient en Europe et en Amérique du nord. À partir de juillet dernier, une grosse partie des navires et des containers ont ainsi été d’urgence redirigées vers les lignes commerciales les plus dynamiques, notablement celle du Pacifique qui relie la Chine aux États-Unis.

Quand le redémarrage a eu lieu en Europe quelques mois plus tard, navires et conteneurs n’étaient pas disponibles. «Personne ne tient plus les délais», déplore Naïm Saleh de Saleh Shipping. De là à envisager une pénurie? «Il y a de la tension sur certaines lignes de produits, mais la baisse de la consommation au Liban équilibre», concède le responsable d’EAM. Pour y pallier, certains armateurs ont acheté ou loué de nouveaux containers. C’est le cas de CMA CGM, qui truste environ 50% de l’activité containers au niveau des deux ports nationaux: la compagnie a ainsi augmenté son offre de containers de plus de 8%. CMA CGM assure faire tout ce qu’il est possible pour compenser la désaffection d’autres compagnies pour la destination de Beyrouth alors que la crise met à genoux l’économie du pays. Mais selon les projections des experts, le retour à la normale dans le transport maritime pourrait encore tarder d’une année au moins.

Source: Orient le jour