Le Liban assiégé

Le Liban assiégé

Selon un adage bien ancré, en cas de naufrage, les rats quittent le navire. Le Liban en est le contre-exemple et l'on pourrait presque dire hélas. S'ils le quittaient il cesserait pourtant de couler.

Selon un adage bien ancré, en cas de naufrage, les rats quittent le navire. Le Liban en est le contre-exemple et l'on pourrait presque dire hélas. S'ils le quittaient il cesserait pourtant de couler.

Le pays s'effondre, victime de la cupidité, des allégeances exterieurs, des faux calculs et de l'incompétence de ceux qui le contrôlent sans jamais le gouverner.

Face à la catastrophe annoncée, les libanais sont descendus dans la rue appelant précisément les rats à quitter le navire. Il n'en a rien été.

Mais un bateau ne coule pas sans raison. Soit prenant une mauvaise direction, il percute un autre corps solide soit il subit avarie après avarie sans jamais être réparé. Le Liban est parvenu à combiner les deux.

La perversion du système de non gouvernance s'est cristallisée et a été poussée au bout de ses limites avec la fameuse "entente présidentielle".

Les membres de cette entente, avec une morgue incroyable, se sont constitués entre eux un club, avec un parrain suprême et armé. Chaque adhérent excipe du poids de sa représentation communautaire pour réclamer une part des fonctions de l'Etat.

Un dépeçage en règle et sans vergogne qui est allé jusqu'à donner lieu à des contrats surréalistes dont la confidentialité a volé en éclat à la première échéance électorale.

Le plus symptomatique reste qu'une fois le fameux contrat de partage de la fonction publique révélé aux libanais, les contractants, au lieu d'en avoir honte, se sont mutuellement accusés de ne l'avoir pas respecté. Là où il y a de la gêne il n'y a pas de plaisir.

Sauf que dans ce club on ne gouverne pas on se partage.

La démission du dernier gouvernement Hariri a donné aux libanais l'illusion qu'ils avaient reussi à faire voler le club en éclat. Cette illusion avait été confortée par le fait que dès le lendemain de la grande manifestation du 17 octobre, le Hezbollah en parrain diligent du Club, menaçait avec des mots on ne peut plus explicites, toute atteinte qui pouvait être portée au gouvernement de l'époque.

Pourtant le Club, certes ébranlé, s'est maintenu grace à la solidarité de ses membres. Si les uns ont composé le gouvernement Diab les autres ont assuré les quorum nécessaires pour approuver des budgets absurdes ou pour donner la confiance au gouvernement.

Aussi nul n'aura oublié les marques de sollicitude qui existe entre les membres du club en toute circonstance.

On se souvient des trois presidents qui, faute de presider autre chose, présidaient la réconciliation des deux leaders druzes dont les bisbilles avaient quand même coûté la vie à des citoyens.

C'est cette même sollicitude touchante qui a conduit les pseudos adversaires à sonder le chef du courant du Futur dans le choix de son remplaçant.

Enfin nul n'aura oublié comment le patron des FL s'est empressé de se rendre au palais présidentiel pour prétendument écouter des explications sur le plan économique du gouvernement mais en fait pour donner une belle couverture politique à ses partenaires d'en face. D'ailleurs ceux qui ont assisté à la dernière prestation télévisée du Chef des FL auront compris combien il est fâché avec l'économie ôtant ainsi tout doute que ca n'était pas pour y apporter une quelconque contribution technique qu'il avait fait son apparition hyper médiatisée à Baabda.

Le club communément appelé en arabe la "Manzoumeh" semble croire qu'elle de beaux jours devant elle.

Elle a survécu et poursuit ses méfaits avec une désinvolture déconcertante.

Sans aucune gouvernance, le Liban a été isolé de la communauté internationale avant de subir les conséquences des sanctions. Aucune mesure pour, sinon empêcher au moins endiguer la crise n'a été prise. Au contraire les permutations judiciaires ont été bloquées, le partage dans les nomminations a été assuré, les projets ambiguës ont été maintenus et le Club poursuit ses méfaits.

Certes, le Club dispose d'un parrain armé et menaçant certes le clientélisme reste un moyen puissant d'asservissement mais au final l'impudeur du club, ses abus et son opposition à la communauté internationale ne pourront que l'exposer à nouveau à la colère du citoyen mais cette fois peut-être avec plus d'efficacité.

Dès son accession à la présidence de son Parti et même avant celle-ci Samy Gemayel dénonçait la logique de la manzoumeh et choisissait de retirer son parti du gouvernement Salam. Entre faire partie de la manzoumeh ou la combattre il n'a pas hésité malgré une réticence à l'intérieur même de son propre parti.

Néanmoins les élections de 2018 loin de désavouer la manzoumeh lui ont offert une nouvelle légitimité. Les champions du "réalisme politique" ont alors pavoisé.

Ca n'est que le 17 octobre que les tenants du changement ont commencé à espérer. Pourtant au lieu de s'unir contre la "Manzoumeh" chacun a essayé et essaye encore de se distinguer individuellement dans un combat déjà déséquilibré tant la "manzoumeh" est puissante mais qui serait désespéré sans une coalition de toutes les forces de changement.

Le Liban est assiégé par une manzoumeh destructrice et par une crise sans précédent. Jusqu'à quand les forces de changement continueront à cultiver leurs différences au lieu de se battre ensemble pour le libérer de ses chaînes ?

 

LIBERUM

Source: Kataeb.org