Lettre aux vivants

Lettre aux vivants

Je vous observe du haut de mon nuage et je vous pleure, ne me pleurez pas.

Je vous observe du haut de mon nuage et je vous pleure, ne me pleurez pas.

 Ici si la douleur n’existe pas, le tourment par contre, m’envahit et m’étreint le cœur.  Je suis une âme en peine.

Si la mort m’a éloigné de vous, si ces criminels ont déchiqueté mon corps, je sais par contre qu’ils ne m’atteindront plus. Si je suis en paix avec moi-même, j’ai tellement peur pour vous, vivants en sursis.

De là où je suis, j’entends les cris des blessés et leurs douleurs envahissent l’esprit que je suis devenu malgré moi.  J’essaie de me manifester dans la flamme d’une bougie pour offrir de la lumière à un cœur habillé de noir d’une mère éplorée mais sans y arriver. Il y a des chagrins que seul le temps peut embaumer. 

J’avais tellement de rêves, de projets qui qui m’ont été volés et demeureront inachevés. Mais je sais que quelqu’un parmi vous les accomplira, et ça me réjouit.

Jouer au saint de mon vivant n’a jamais été mon but. J’ai simplement joui de ma vie, sans gêner les autres, en essayant de marquer mon passage sur terre. Sauf que me voilà, nageant dans les cieux, en train de pleurer ceux que j’aime. Je suis une âme errante en quête de justice. Je suis une âme en quête de vérité.

Qui a dit que les morts ne souffrent pas quand ils sont partis trop tôt ? Si le paradis ne promet que des joies et la vie éternelle, sachez qu’il y a un coin dans le firmament où les nuages sont noirs et la pluie faite de nos larmes. Qui a dit que les morts ne souffrent pas ?

Me prend des fois l’envie de hanter ces criminels, d’endosser la toge d’un fantôme et leur pourrir la vie. Non pour me venger, la vengeance n’existe pas ici, mais pour vous protéger de leurs méfaits et les effrayer, leur faire comprendre que la justice divine est terrible et omnipotente. Ils courront toujours sur terre et peuvent se cacher, mais ils ne pourront jamais fuir les foudres divines ici. Au ciel, il n’y a ni portes, ni fenêtres pour s’enfuir, ou cave ou boyau où se terrer.

Ne m’en voulez pas d’avoir encore des sentiments humains car je viens de mourir. Je suis mort le 4 aout 2020

 

Jean-Marie Kassab
Secrétaire Général Adjoint
Parti Kataeb

Source: Kataeb.org